MARAÑÓN (G.)


MARAÑÓN (G.)
MARAÑÓN (G.)

MARAÑÓN GREGORIO (1887-1960)

Précurseur et maître de l’endocrinologie, Gregorio Marañón, médecin espagnol reconnu et admiré comme l’un des grands esprits de son temps, fut aussi historien, critique d’art, philosophe et moraliste. Il naquit à Madrid d’une famille originaire de Santander. Son père était l’ami d’illustres écrivains, Menéndez y Pelayo, Pereda, Pérez Galdós. Après des études secondaires au collège San Miguel, il entreprend d’étudier la médecine. De la neurologie il passe peu à peu à l’endocrinologie, science alors à ses débuts. Docteur en médecine en 1910, il part pour l’Allemagne travailler avec Erlich. En 1911, il est chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital provincial de Madrid. Médecin volontaire sur le front français pendant la guerre de 1914-1918, il y soignera la grippe dite espagnole. Il sera décoré de la Légion d’honneur. De retour à Madrid, il transforme son service en cet Institut de pathologie médicale auquel il donnera un prestige international. En 1922, il est élu à l’Académie de médecine de Madrid. Ses ouvrages scientifiques font autorité: Études d’endocrinologie , Le Diagnostic précoce en endocrinologie , Études de physio-pathologie hypophysaire , Nouveaux Problèmes cliniques des sécrétions internes , Manuel de diagnostic étiologique . Trois ouvrages surtout assurent sa renommée: L’Âge critique , Le Problème des sexes , L’Évolution de la sexualité et les états intersexuels . Discours, conférences, articles ou essais de vulgarisation se multiplient. En 1957, sa bibliographie énumérait plus de mille deux cents titres. Mais c’est par ses ouvrages littéraires ou historiques qu’il s’impose au grand public. Ses lecteurs sont séduits par un style qui allie la clarté à la précision, la finesse à la documentation. Quelques thèmes prédominent: l’analyse des tempéraments et des caractères, admirablement servie par la science du médecin et du psychologue, le souci et le service de la liberté et de l’humanisme, accrus par les convictions d’un chrétien fervent; l’amour passionné de l’Espagne et l’intérêt pour les vicissitudes de son histoire. L’Empecinado vu par un Anglais (1926) adapte des tableaux d’histoire romancée publiés en 1846 par Frederick Hardman. Marañón inaugura un type de biographie où la biologie et la psychologie donnent la perspective d’interprétation dominante d’une destinée: Amiel. Étude sur la timidité (1922), Essai biologique sur Henri IV de Castille (1930), Tibère. Histoire d’un ressentiment (1939). Un essai de 1924, Notes pour la biologie de Don Juan propose déjà la théorie développée dans Don Juan. Essai sur l’origine d’une légende (1940): le séducteur y est présenté comme un personnage souffrant d’un défaut de virilité, cherchant toujours à se rassurer par ses conquêtes. Deux monuments d’érudition s’inscrivent dans cette ligne de recherches: Le Comte-Duc d’Olivares. La passion du pouvoir (1936) et Antonio Pérez. L’homme, le drame, l’époque (1946). Luis Vives, le père Feijóo, Ramón y Cajal: voilà encore quelques grands Espagnols qui suscitèrent de pénétrantes études de cet écrivain passionné par son pays, comme on le voit de nouveau dans Espagnols hors d’Espagne (1947). Pendant la guerre civile espagnole, Marañón vit retiré en France. Revenu à Madrid en 1943, il connaît un prestige scientifique croissant. En France, la Sorbonne le nomme docteur honoris causa ; il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques et promu commandeur de la Légion d’honneur. En Espagne il est membre des cinq académies de Madrid: celles de la langue, de l’histoire, des beaux-arts de San Fernando, des sciences exactes physiques et naturelles et de médecine. Après Éloge et nostalgie de Tolède (1936), Marañón consacre un nouvel ouvrage à cette ville qu’il aimait entre toutes: Le Greco et Tolède (1956). D’esprit libéral et de convictions républicaines, Marañón était pourtant revenu vivre dans l’Espagne franquiste où son rayonnement intellectuel s’imposait à tous. Il mourut à Madrid le 27 mars 1960.

Encyclopédie Universelle. 2012.